
L’Association
Le Qu4tre
Un collectif avant tout
Crédit photo : Marko Livier
D'un geste à un rendez-vous
Vivre ou travailler au Qu4tre, c’est choisir un cadre atypique, chargé d’histoire et propice à l’émotion. Une façon de vivre l’espace autrement. Chaque loft s’y inscrit comme un fragment d’un manifeste urbain, habité et habité. Nous ne nous ressemblons pas, et pourtant. C’est ce hasard devenu choix, cette somme de singularités, qui a forgé le collectif et donné naissance à l’association Le Qu4tre.
Tout a commencé par un geste simple : ouvrir une porte, montrer ce qu’on crée, partager ce que l’on est. Depuis la fin des années 80, des artistes font ça ici, dans ces anciens entrepôts SNCF aux charpentes signées Eiffel. D’abord sans cadre, sans nom, sans affiche, juste le bouche-à-oreille et la curiosité des voisins. Puis un premier flyer photocopié en 1999, une dizaine de noms griffonnés, et l’élan était là.
En 2005, l’association donne un cadre à ce qui existait déjà. Depuis, l’événement n’a cessé de grandir. Les artistes invités ont rejoint les résidents. Les arts vivants ont investi les lofts. La musique a pris le relais le samedi soir. L’événement a changé de nom, de saison, de forme mais jamais d’âme. Les Portes Ouvertes, devenues Mai des Artistes, en sont le prolongement naturel : ouvrir ce que l’on vit, partager ce que l’on crée.
Ce qui suit raconte cette histoire.
Aux origines
Avant l’association, il y avait déjà le geste
Bien avant qu’un statut ne formalise quoi que ce soit, des artistes ouvraient leurs portes. De façon informelle, sans cadre, sans nom, sans affiche. Juste l’envie de montrer. Dès la fin des années 80, sous l’impulsion de Roman Gorski, les premiers ateliers s’ouvrent aux visiteurs. Pas d’organisation, pas de communication : du bouche-à-oreille, des voisins, des curieux qui poussent une porte et découvrent ce qui se crée derrière les murs de briques.
En septembre 1999, Franck Chicheportiche donne une première forme à ce rendez-vous. Deux jours de Portes Ouvertes dans le cadre du Mai des Artistes d’Argenteuil. Un flyer photocopié, une dizaine de noms, des horaires griffonnés. Piotr Barsony, Catherine Geoffray, Roman Gorski, Anne-Iris Guyonnet, Martine Watrelot, Arnaud Jaffré, Stéphane Guay, Juliette Jouannais, Xavier Lahache, Gilles Monge, Mathieu Razé, Nicolas Colin. Le Qu4tre n’existe pas encore en tant que collectif, mais l’élan est là. Ce qui deviendra un rendez-vous attendu chaque année commence dans l’improvisation et la débrouille.
2005 : l’association prend forme
L’association Le Qu4tre naît officiellement en 2005. Stan Grimault en devient le premier président, entouré de Franck Chicheportiche et Philippe Turpault. Il ne s’agit pas de créer une institution, encore moins une structure rigide. Il s’agit de donner un cadre à ce qui existait déjà : un lieu partagé, une envie commune, un événement à faire grandir année après année.
Très vite, l’équipe s’élargit. Ricardo, Delphine, Jean-Gab, Jean-François, Luc, Chrystelle, Alexandra, David, Nicolas, Mathieu, Éric, Alex, Charlotte. Des résidents, des voisins, des proches. Des gens qui n’avaient rien en commun — ni métier, ni parcours, ni univers — sauf ce lieu et l’envie d’en faire quelque chose ensemble. L’association ne ressemble à aucune autre parce qu’elle n’a jamais cherché à ressembler à quoi que ce soit. Elle s’est construite en marchant.
Après une pause d’un an ou deux, Stan relance l’aventure en 2009 aux côtés de Franck Paireau. L’association reprend son souffle, se restructure, repart.
L’ouverture : des résidents aux invités
Au départ, les Portes Ouvertes portent bien leur nom. Ce sont les résidents qui exposent, dans leurs ateliers, leur travail. Mais très vite, l’idée germe d’inviter des artistes extérieurs. Un ami sculpteur, une photographe de passage, un peintre rencontré ailleurs. D’abord de façon anecdotique, presque accidentelle. Un loft vide qu’on prête, un mur qu’on partage.
Année après année, cette ouverture devient centrale. Les artistes invités ne sont plus l’exception, ils deviennent la règle. Peintres, sculpteurs, plasticiens, photographes, performers — venus de toute la France, parfois de bien plus loin. Le Qu4tre attire. Par son lieu, par son atmosphère, par la liberté qu’il offre. L’événement mute sans perdre son âme.
Ce qui était une ouverture d’ateliers de résidents devient un rendez-vous de l’art au sens large. Autour des résidents qui ancrent l’événement dans le lieu, une quarantaine d’artistes invités viennent chaque année élargir le cercle. Année après année, l’événement a gagné en rayonnement. Artistes et visiteurs viennent désormais de toute l’Île-de-France et d’ailleurs.















L’événement prend corps
L’art vivant entre en scène
Dans les années 2000, l’art vivant fait son apparition. Le premier spectacle a lieu chez Roman Gorski, au milieu de ses sculptures géantes. Deux danseuses aériennes, suspendues à des portiques, évoluent entre cordes et baudriers. Le contraste est saisissant : la légèreté des corps, la masse de l’acier, le silence du public. Quelque chose se passe qui dépasse l’exposition classique.
Plus tard, Delphine pousse l’expérience plus loin. Ses spectacles d’acrobatie investissent les murs mêmes du Qu4tre. La façade devient scène, la brique devient décor. Le lieu ne se contente plus d’accueillir l’art : il en fait partie.
Le concert : quand la musique s’invite
À la fin des années 2000, Anthony Cohen (dit Tony) a une idée : prolonger le samedi soir. Monter une scène dans la cour, brancher des amplis, laisser la musique prendre le relais quand les visiteurs rangent leurs acquisitions et que la lumière décline.
Ce qui devait être un moment convivial entre deux journées d’exposition est devenu un rendez-vous à part entière. Le concert du samedi soir fait désormais partie de l’ADN du Qu4tre. Des musiciens connus y sont passés. D’autres, encore inconnus à l’époque, y ont joué avant de faire leur chemin. La scène du Qu4tre n’a rien d’un festival : pas de loges, pas de backstage, pas de barrières. Les artistes jouent à quelques mètres du public, dans la cour ou sous les charpentes. L’acoustique est imparfaite, l’ambiance est électrique. Le lieu change de peau, vibre autrement, jusqu’au bout de la nuit.
Le collectif continu
En 2012, Stan quitte la présidence. Patricia Begni-Thibault prend le relais. Sous son impulsion, l’événement change d’échelle sans perdre son âme.
Julie Flechoux donne une impulsion décisive. Elle ancre l’identité graphique dans la mémoire ferroviaire du lieu : bleu SNCF pour les panneaux fabriqués par Jean-François, jaune et noir pour le fléchage. Elle invente le ticket-plan à composter — un objet devenu culte —, crée la monnaie interne, ouvre un compte Facebook et le nourrit tout au long de l’année. L’événement gagne en visibilité, en cohérence, en personnalité.
Le nombre de bénévoles décolle. On vend des tickets à l’entrée, des gâteaux maison dans la cour, des friandises pour les enfants. On monte la scène, on installe le son, on fléche les parcours, on cuisine pour la buvette, on sert, on débarrasse, on démonte, on range. Et l’année suivante, on recommence. L’événement devient une aventure collective autant qu’artistique. Ce ne sont pas les structures qui le font tenir, ce sont les gens. En 2019, Emmanuel Charpentier prend la présidence. Patricia reste co-présidente. Sébastien devient trésorier, Émilie secrétaire. L’équipe se renouvelle, mais l’esprit demeure.
L’ancrage
PODADA, puis le retour aux sources
En 2020, la pandémie suspend tout. Pas de Portes Ouvertes. Le lieu reste clos, pour la première fois depuis des années.
L’année suivante, l’événement renaît sous une autre forme. La manifestation municipale du Mai des Artistes ayant disparu, les Portes Ouvertes s’adossent au PODADA et migrent en octobre. Le lieu s’adapte : la nuit tombe plus tôt, la fraîcheur s’invite dès la fin d’après-midi, les concerts se terminent moins tard. Mais l’énergie reste. Le public revient. Les artistes exposent. La machine tourne, autrement.
En 2026, l’événement retrouve son nom d’origine et sa saison. Le Mai des Artistes, au seuil de l’été, quand la lumière est longue et que le lieu respire autrement. Un retour aux sources, vingt-sept ans après le premier flyer photocopié.
La mairie, fidèle depuis l’origine
Il faut le rappeler : le Mai des Artistes n’est pas né au Qu4tre. C’était un événement municipal, organisé par la ville d’Argenteuil, qui fédérait chaque année une dizaine de lieux à travers la commune — ateliers, galeries, espaces culturels. Un parcours artistique à l’échelle de la ville, avec petit train pour relier les sites. Quand les résidents du 4 boulevard Vercingétorix ont commencé à ouvrir leurs portes, ils se sont naturellement inscrits dans ce cadre. La mairie a accompagné le mouvement dès le départ.
Et elle n’a jamais cessé. Année après année, la ville a soutenu l’événement. Un soutien culturel d’abord : reconnaissance de la démarche, valorisation du lieu, inscription dans le paysage artistique local. Un soutien logistique ensuite, et non des moindres : sono, régie, matériel technique. Sans ce partenariat, l’événement n’aurait pas la même ampleur.
Ce qui se joue ici dépasse le simple coup de main institutionnel. C’est une fidélité rare, construite dans la durée, entre une collectivité et un collectif qui ne rentre dans aucune case. La mairie d’Argenteuil a compris ce que le Qu4tre représente : un lieu singulier, un rendez-vous culturel ancré, une énergie qu’il vaut la peine d’accompagner. Les résidents le savent, et ne l’oublient pas. Ce qui se construit ici, année après année, se construit aussi grâce à cette alliance.
Ce qui nous lie
On ne choisit pas vraiment d’arriver au Qu4tre. On y atterrit, souvent par hasard, parfois par accident. Un ami qui connaît quelqu’un, une annonce aperçue, une visite qui décide de tout. Et puis on reste. Parce que le lieu accroche. Parce qu’il y a quelque chose ici qu’on ne trouve pas ailleurs : un espace qui ne ressemble à rien, une lumière qui change tout, des voisins qui deviennent autre chose que des voisins.
L’association est née de ça. Pas d’un projet commun, pas d’une vision partagée, pas d’un manifeste. Juste une accumulation de présences, de pratiques, de rythmes différents — et l’envie, à un moment donné, de faire quelque chose ensemble.
Ce qui a changé, c’est l’échelle. Ce qui n’a pas changé, c’est l’esprit. Aujourd’hui, des artistes venus de toute la France et d’ailleurs candidatent pour exposer ici. Le Mai des Artistes rayonne bien au-delà d’Argenteuil. Mais ceux qui viennent — exposer, jouer, visiter — retrouvent tous la même chose : un lieu brut, une atmosphère sans filtre, des rencontres qui ne ressemblent pas à celles des vernissages convenus. Ici, on parle aux artistes. On pousse les portes de leurs ateliers. On reste pour le concert. On revient l’année suivante.
C’est ça, le Qu4tre. Un collectif improbable devenu rendez-vous. Une association qui ne ressemble qu’à elle-même. Et chaque année, deux jours où tout ça prend forme, prend corps, prend vie — avec ceux d’ici et ceux qui viennent d’ailleurs.
Le Qu4tre
Artistes résidents
Anne Léger
LLe Wagon
Brice Krummenacker
LSoul Train
Carla Elkaim
LVoie 9 ¾
Cat Sirot
LGare de Triage
Dalila Alaoui
LL’Atelier
Leonardo Marcos
LUn tramway nommé Désir
Liz del Pilar
LLe Capitole
Martin Cortet
LWagon Bar
Patricia Thibault
LLa Loco
Samer Tarabichi
LGare de Oriente


















